Notes
Le Léthé » provient de la mythologie grecque. C’est un fleuve des Enfers (Hadès) dont les eaux avaient le pouvoir de faire oublier. Les morts qui en buvaient oubliaient leur vie antérieure avant de se réincarner ou de demeurer dans l’au-delà.
Ce dessin explore une idée de mémoire inversée, un « Léthé à l’envers » : au lieu de libérer, il fige l’identité dans un passé idéalisé. Traverser ce fleuve serait se transformer, laisser derrière soi le poids ancien et s’ouvrir à l’autre, à l’inconnu. Mais parfois, la mémoire choisit de retenir seulement ce qui protège notre stabilité, refusant le changement et le risque de l’inattendu.
À propos de mon pays, d’ autres,de moi et les autres.
À la manière d’une carte au trésor ou d’un fil d’Ariane, le chemin sinueux et les repères naturels créent cette mémoire du parcours qui guide le voyageur.
Dans ce déplacement, on se sent étranger : à l’intérieur du territoire, mais venant de l’extérieur.
En avançant, on ne sait pas encore qu’un arbre, une vallée, une colline sont des points de repère pour s’orienter.
Ainsi, en quittant la vitesse et l’uniformité de la grande route, on entre dans un autre temps, différent, personnel…
Un temps intérieur qui se déploie avec le paysage parcouru.
Un dimanche – je devais avoir moins de dix ans –, lors d’un voyage en voiture avec ma famille, en quittant la maison à San Fernando, ma ville natale au Chili, nous prenions la Panamericana Norte, cette autoroute qui parcourt le pays du nord au sud et au-delà.
Subitement, nous bifurquions sur une route de terre latérale, passant sous un petit tunnel au-dessus duquel passait le train.
En franchissant cette porte étroite, je ressentis un émerveillement intense : tout un nouveau paysage se déployait devant nous, un chemin qui se perdait vers la cordillère.
Un atajo, un tajo abierto… un tunnel comme frontière, limite et entrée vers un territoire nouveau… une brèche, une entaille, presque comme une blessure dans l’espace, par laquelle se déploie un paysage différent.
Quand on décidait de rentrer à la maison, on choisissait un chemin complètement différent, et avec lui, un temps différent. Nous réapparaissions chez nous.
Le bruit du feutre sur le papier exerce une influence créative subtile mais puissante.
Chaque frottement devient une respiration du dessin, une preuve sonore que quelque chose prend forme.
Dans le noir et blanc, l’ombre et la lumière ne sont pas opposées, elles sont complémentaires.
J’ai toujours été guidé par ceux qui ont trouvé dans l’absence de couleur une voix plus pure, plus intense. Dans leurs traits, l’intranquillité, le doute, la beauté brisée. Dans leurs formes, le poids de ce qu’on ne dit pas.
Mon travail graphique se nourrit de cet héritage : le noir comme abîme, le blanc comme délivrance . Chaque ligne est un écho de ceux qui, avant moi, ont cherché dans la pénombre le reflet de leur propre âme.
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