Dessins
Les Carnets Noirs II

[ Notes du déracinement ]

 Les carnets noirs se construisent sans image préalable, dans un mouvement de dérive où les formes apparaissent, se déplacent et ne se fixent jamais.
Je me perds, je me transforme, je trouve un espace.
Ce processus rejoint l’expérience d’être étranger : un passage où les repères se dissolvent, où l’on change, et où un nouvel espace émerge. Cette errance n’est pas une perte, mais une ouverture.
Mon travail se développe ainsi comme une expérience de déplacement, où le voyage — plus qu’un trajet — devient une condition de transformation, plus libre, plus instable.
C’est dans cet entre-deux que se situe ma pratique. À partir d’un chaos initial, les images émergent par superposition, effacement et sédimentation. Il ne s’agit pas de représenter un monde, mais de produire les conditions de son apparition. La forme devient alors le résultat d’une dérive, d’un déplacement intérieur où la mémoire se transforme.
Les figures — paysages, corps, formes organiques — surgissent dans un état intermédiaire, entre apparition et disparition, entre abstraction et figuration. Entre zones denses et respirations, les images restent ouvertes, avançant lentement, comme en quête de leur propre lieu.
Dans ce sens, l’œuvre se conçoit comme un espace ouvert, presque cérémoniel, où le spectateur est invité à prolonger ce qui n’est pas dit. Un lieu où le sens ne s’impose pas, mais se construit dans l’expérience.

Encre et feutre sur papier 30x41 cm / sélection